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Le coup de boule, l’arme ancestrale des tortues

Le coup de boule, l’arme ancestrale des tortues

Il y a encore beaucoup de mystères autour… du cou des tortues ! La découverte d’un fossile de 150 millions d’années remet en question notre vision de la tortue qui se replie dans sa carapace.

Et vous pensiez que les tortues n’avaient toujours été bonnes qu’à se replier dans leur carapace face au danger ? Que neni, leur torsion de cou était sans doute un moyen de mieux capturer leurs proies il y a 150 millions d’années. C’est ce que suggèrent des chercheurs après avoir découvert le fossile d’une tortue Platychelys oberndorferi du Jurassique supérieur.

DECOUVERTE. Pour comprendre ce qui ont amené ces derniers à cette déduction, penchons nous sur les encolures des tortues modernes : il existe deux familles de tortues avec une torsion de cou propre à chacune : celui des Pleurodires se replie jusqu’à la carapace par un mouvement horizontal et celui des Cryptodires suit un mouvement vertical avant de glisser entre les pattes supérieures. Ces deux mécanismes sont apparus de manière indépendante chez les deux lignées. Comme le but est de s’enfouir sous sa carapace, personne ne pensait à une fonction autre que protectrice de cette capacité. Jusqu’au jour où ces chercheurs ont découvert le fossile d’une tortue aquatique Platychelys oberndorferi, appartenant aux Pleurodires… mais dont le cou ressemblait davantage à celui des Cryptodires. Encore plus troublant, la reconstitution des mouvements de sa collerette a révélé l’impossibilité pour cet ancêtre d’atteindre sa carapace. Donc pas moyen de se protéger par ce biais. D’où l’hypothèse formulée par ces scientifiques : la torsion de cou à la verticale améliorait la capacité de chasse des tortues.

Reconstitution du mouvement de cou de la tortue Platychelys oberndorferi © Patrick Röschli

Les coups de tête des tortues : à chacune sa méthode

La botte secrète de cette ninja ? Surprendre ses proies par une projection rapide de la tête dans l’eau à l’instar de certaines tortues aquatiques telles que les Matamata et les tortues dites alligators. Mais il y a des nuances dans les techniques d’attaque, précise Jérémy Anquetin, co-auteur de l’étude : “les Matamata (appartenant aux Pleurodires) détendent leur gorge vite et largement. Ce qui semble être une projection est en réalité une succion. Elles aspirent l’eau dans leur cavité buccale et la gorge par un relâchement total des muscles. Ce n’est pas lié à la torsion du cou donc c’est différent de ce que nous suggérons. Les tortues alligators, en revanche, présentent le plus de similarités avec notre fossile : elles bloquent leur cou et le lancent par un effort musculaire pour attraper leurs proies”. 

HYPOTHESES. Pour Jérémy Anquetin, cette découverte ouvre surtout la porte à de nouvelles interrogations : “L’évolution d’une espèce ne s’est jamais faite par d’énormes bonds. Quelles ont donc été les étapes intermédiaires permettant à la tortue de parvenir à une rétraction totale de son cou jusqu’à la carapace? Car ce n’est qu’une fois à ce stade que cette carapace est devenue une mesure de protection. Autre questionnement, de quelle manière la torsion verticale des Pleurodires s’est peu à peu transformée en un mouvement horizontal ?”. Beaucoup de questions en suspens qui ont de quoi nous faire tourner le cou… ou la tête !

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