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Comment est déterminé le sexe de la tortue

Comment est déterminé le sexe de la tortue

Chez les reptiles ovipares, comme les tortues, la température joue un rôle clé dans la différenciation sexuelle des bébés. Mais comment ce phénomène bien connu se traduit d’un point de vue génétique ?

GÉNÉTIQUE. Une majorité de reptiles ovipares (qui pondent des œufs), en particulier les tortues, ne sont pas initialement mâles ou femelles – ils ont besoin d’être déterminés sexuellement avant. Cette détermination sexuelle est dépendante de la température d’incubation des œufs dont ils vont éclore. Ce déterminisme est dit “thermosensible”. Au-delà d’une température spécifique, maintenue pendant une certaine période de temps, l’animal devient un mâle plutôt qu’une femelle, ou inversement. C’est le cas chez la plupart des tortues : en-dessous de 30°C d’incubation, des bébés mâles sortent de leurs œufs ; au-delà, ce sont des bébés femelles. Chez les crocodiles, le phénomène est un peu plus complexe – le déterminisme masculin se faisant entre deux seuils de températures uniquement. Cette différenciation des gonades (organes sexuels, produisant les gamètes) selon la température est bien connue des scientifiques, mais jusqu’à aujourd’hui, sa traduction au niveau génétique était complètement inconnue. Des chercheurs de l’Université du Dakhota, aux États-Unis, ont réussi à identifier le premier gène lié à ce déterminisme thermosensible, chez une tortue. La découverte a été publiée dans GENETICS.

Un seul gène comme clé du déterminisme thermosensible?

Ce gène, nommé CIRBP, serait activé pendant une très courte période de temps, durant l’incubation des œufs. Il active à son tour d’autres gènes, responsables eux de la différenciation des gonades. Chez la Tortue serpentine d’Amérique du Nord (Chelydra serpentina), sur laquelle se base cette découverte, les œufs une fois pondus sont enfouis sous le sol pour environ 65 jours d’incubation. Durant 5 de ces 65 jours se déroule la détermination sexuelle. C’est au cours de cette “période thermosensible” que le gène CIRBP entre en jeu : à 31°C, il fait en sorte que les petits soient femelles, et à 29°C, des mâles. Pour preuve, les scientifiques ont identifié l’absence de cette détermination une fois le gène muté (par substitution d’une seule base ADN précise, par une autre). La couvée mutante observée ne comptait que des mâles, même au-delà du seuil des 31°C. Cette variante, allant à l’encontre du phénomène naturelle de détermination sexuelle thermosensible chez ces tortues, se retrouve pourtant dans la nature. Les chercheurs ont en effet constaté des différences génétiques selon la répartition géographique des populations américaines de Tortues serpentines. Au Sud, en Louisiane au climat presque tropical, on ne retrouve pas la mutation chez les reptiles. Au Nord, dans le Minnesota où il fait moins chaud, un grand nombre de tortues possèdent cette version mutée du gène CIRBP – sans doute inefficace dans une région où le seuil des 30°C est rarement atteint. Pourtant, chacune de ces deux populations sauvages produisaient aussi bien des mâles que des femelles. Le mystère de la détermination sexuelle chez les tortues, et autres reptiles ovipares, n’est donc pas encore totalement résolu …

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