Les efforts de conservation des espèces en danger commencent à payer. Dernier succès en date : les moyens déployés pour protéger la charapa (Podocnemis expansa), cette tortue d’eau douce originaire d’Amérique du Sud que les derniers recensements classaient « en danger critique d’extinction ». Mais la coopération qui s’est organisée entre autochtones et ONG pour sauver cette espèce emblématique semble avoir changé la donne.

Vingt-neuf chercheurs et scientifiques sud-américains se sont associés pour tenter d’évaluer l’impact des initiatives et des projets mis en place ces dernières années – ils en ont recensé 85 – pour protéger la charapa, aussi appelée « tortue Arrau » en français. Les résultats de l’étude* ont été publiés ce mardi : ils font état de 147 000 femelles reproductrices sauvées autour des bassins de l’Amazone et de l’Orénoque (Brésil, Venezuela, Colombie, Pérou, Équateur, Bolivie).

Une espèce symbolique

Pour les chercheurs, ce chiffre réjouissant est la preuve que de sérieux engagements ont été pris depuis une dizaine d’années en faveur de la conservation de l’espèce. Des actions à la fois publiques et privées, individuelles et collectives : ONG, entreprises, peuples autochtones, rangers… Tous ont activement participé à la protection de la charapa, espèce emblématique de la région. Car cette tortue – qui possède une carapace aplatie et peut peser jusqu’à 45 kg – tient une place à la fois alimentaire et symbolique dans la culture sud-américaine.

En plus d’être source de nourriture pour les indigènes depuis plusieurs siècles, elle est utilisée dans les rituels et comme totem. Mais la tortue Arrau revêt aussi une importance capitale en matière d’écologie : ses allers-retours aident à transporter les fruits et les graines le long des rivières, un processus indispensable au maintien de l’écosystème local. Elle sert aussi de proie aux renards, jaguars, alligators et à certains oiseaux et poissons. Au début du XXe siècle, près d’un million de tortues charapas faisaient leurs nids sur les plages des rivières et des fleuves de la région. Un chiffre qui s’est effondré depuis, la charapa étant devenue au fil du siècle dernier un animal de compagnie prisé, phénomène qui favorisa le pillage des nids et le trafic illégal de nouveau-nés. La destruction de son habitat naturel a aussi largement contribué à son déclin.

« La leçon est claire, résume Rick Hudson, président de la Turtle Survival Alliance (TSA), dans un communiqué de la Wildlife Conservation Society. Protégeons dès maintenant l’habitat des tortues fluviales pour éviter la gestion de crise à l’avenir. Ces résultats montrent qu’il faut poursuivre les efforts en faveur de la protection des espèces tant qu’il est encore temps. » Et apprendre de l’exemple de l’Asie, où les espèces de tortues ont presque toutes disparues face à des mesures de protection trop tardives et timides.

Oryx – The International Journal of Conservation, 25 juin 2019.