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LAUSANNE: DES TORTUES AU MILIEU DES BATEAUX

Trois reptiles amphibiens, venus d’on ne sait où, créent l’animation dans le port de Vidy. Une présence surprenante qui suscite mille interrogations.

Au petit port de Vidy, c’est l’attraction du moment: trois tortues d’eau, ont fait leur apparition, depuis quelques semaines, au milieu des grèbes huppées et des bateaux. On les guette, les photographie… Elles prennent le soleil, appuyées sur un cordage, puis disparaissent, avant de ressurgir, le lendemain, là ou ailleurs. D’où viennent-elles? Que font-elles? Chacun y va de sa théorie et de sa petite enquête…

Parmi les pistes (ou plutôt les rumeurs): celle d’une évasion de la Maison de la Rivière de Tolochenaz… Des tortues qui auraient pris le large et qui auraient élu domicile dans le port.

Mais rien de tout ça. L’Institution ne détient que des espèces indigènes, et les tortues au ventre jaune qui nagent dans le Léman n’en sont pas. Jean-Marc Ducotterd, responsable du Centre de récupération des tortues de Chavornay (VD) est formel: il s’agit de Pseudemys Concinna, une espèce originaire des USA, cousine de la tortue de Floride, qui est désormais interdite de vente en Suisse. «Les gens les achètent, parce que c’est mignon, quand c’est petit, puis dès qu’ils en ont assez, ils s’en débarrassent. On en retrouve surtout dans des étangs, mais aussi parfois dans le lac», déplore Sylvain Kramer, garde-pêche de la région Morges-Aubonne.

Très adaptable

Reste que le spectacle est insolite. «J’entends parler de ces tortues depuis environ trois semaines… Ça devenait presque un mythe, style «Tortue Dundee», jusqu’à ce que j’en vois enfin une, en train de se bronzer, le ventre à l’air, deux jours de suite au même endroit, près d’une bouée», s’amuse Eric, propriétaire d’un bateau et fou de navigation.

Car, à en croire les férus du port, les bestioles ont leurs habitudes et se montrent chacune dans des coins différents. Si tant est qu’on puisse les différencier. Du moins, les deux petites, qui mesurent moins de 10cm, alors que la troisième, impressionnante, frôle les 30 ou 40 cm.

Visiblement, elles se sont bien acclimatées. «C’est effectivement une espèce qui s’adapte facilement au milieu dans lequel elle se trouve, souligne Jean-Marc Ducotterd. Ces tortues se nourrissent d’algues et de végétaux, ainsi que de poissons morts. Ce sont principalement les juvéniles qui sont carnivores.» Par ailleurs, les plus robustes d’entre elles sont même capables d’hiberner. Et il serait envisageable qu’elles se reproduisent.

Difficile à rattraper

Toutefois, même si elles suscitent l’attraction, et ne sont pas agressives à l’égard des humains, ces bestioles devraient être délogées. «L’introduction d’espèces exotiques dans la nature est interdite, et constitue même un délit, souligne Sylvain Kramer. Cela représente une concurrence, qui est nuisible pour la faune locale.» Informé de la présence des intruses – dont on a surpris la plus grande en train de manger des œufs de grèbes – par le bureau du lac, à Vidy, le garde-pêche s’est déjà rendu à plusieurs reprises sur place pour les capturer, à l’aide d’une épuisette. Mais sans succès. Soit elles ne sont pas là, soit elles disparaissent au fond du lac, dès qu’on approche.

Plus habituée à ce genre de pêche, Charlotte Ducotterd, doctorante à la Maison de la rivière, devrait se rendre sur place, la semaine prochaine, pour essayer à son tour de les attraper. En cas de succès, elles seront alors transférées au Centre de Chavornay, qui récupère entre 300 et 400 tortues par an. (Le Matin)