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Tortues : Dans les Maures, le village des tortues cabossées

Tortues : Dans les Maures, le village des tortues cabossées

Au cœur du massif des Maures, dans le Var, les tortues ont leur village.

Dans les bois, au beau milieu d’une plaine, elles coulent des jours heureux grâce aux bons soins de Bernard Devaux et de ses équipes. Malgré cette apparente sérénité, l’avenir n’est pas si rose pour la demoiselle à carapace.

« L’unique espèce de tortue terrestre française est quotidiennement menacée »

Onze heures sonnent à l’église de Gonfaron. C’est encore l’été dans cette commune varoise de 4 000 habitants, située à mi-chemin entre Toulon et Fréjus. La chaleur est écrasante, mais le village est déjà bondé. Tout le monde veut voir la star locale : la tortue d’Hermann, robe jaune et tâches sombres, vieille dame cabossée du bassin méditerranéen, classée « en danger » par l’Union internationale pour la conservation de la nature.

« L’unique espèce de tortue terrestre française est quotidiennement menacée. Autrefois, elle occupait une grande partie du sud de la France : aujourd’hui, on ne la trouve plus que dans la plaine des Maures et en Corse », soupire Bernard Devaux. Depuis trente ans, ce passionné à la crinière blanche parcourt le monde, du Chili au Costa Rica en passant par le Vietnam, pour attirer lattention sur le plus vieux vertébré du monde.

Rien ne le prédisposait à tenir ce rôle. Homme de médias, il a été écrivain, réalisateur, céramiste mais aussi organisateur de tournées. En 1986, il croise le chemin de David Stubbs, qui prépare une thèse sur la tortue dHermann. Les deux amis décident alors de créer une association : la Station dobservation et de protection des tortues et de leurs milieux (Soptom).

Deux ans plus tard, le Village des tortues voit le jour à Gonfaron. Avec trois objectifs : « Accueillir les tortues saisies en douane ou abandonnées, informer et développer des élevages à partir des tortues sauvages abandonnées afin de remettre dans la nature ces animaux menacés. »

Bernard Devaux se bat contre l’idée même de « tortue domestique » : « Une tortue est un animal sauvage qui ne supporte pas la captivité. » Rien de tel à Gonfaron. Dans les bois, au beau milieu dune plaine, elles sont 12 000 à couler des jours heureux sur un terrain d1,5 hectare.

Ce jour-là, les énormes tortues dAfrique et les tortues deau se prélassent sous les rayons du soleil qui traversent leurs abris ombragés. Timide, la petite tortue dHermann joue, elle, à cache-cache, préférant l’ombre à la lumière.

En vingt-sept ans d’existence, le parc s’est taillé une solide réputation. 110 000 visiteurs s’y pressent chaque année, ce qui en fait le troisième site touristique du Var. Le parcours présente lhistoire, les espèces, la biologie de ces reptiles un peu particuliers.

« Nous les réparons comme la carrosserie d’une voiture »

Sans oublier les actions de protection mises en place localement : « Chaque année, nous relâchons cinquante tortues de pure souche varoise dans la plaine des Maures, reconnue réserve naturelle depuis 2009. Depuis 2014, nous bénéficions des financements du programme européen Life Nature. Un plan national d’actions pour les tortues d’Hermann a également été mis en place. »

Le village tourne avec six salariés, 150 bénévoles et un conseil d’administration composé de scientifiques. « Un projet passionnant », s’enthousiasme Nicolas Jardé, responsable animalier du site. Alertés depuis des années, les habitants des environs sont devenus eux aussi des ambassadeurs de la petite tortue. Chaque mois, deux cents spécimens blessés sont apportés spontanément au village.

Ce matin-là, un couple transporte, dans une boîte à chaussures, une tortue dHermann trouvée souffrante dans la forêt. « Cest trop tard pour elle », se désole Nicolas.

À l’intérieur du parc, des vidéos de sauvetage tournent en boucle, dévoilant les techniques employées pour colmater les carapaces. « Nous les réparons, un peu comme la carrosserie dune voiture », sourit Bernard Devaux. Des panneaux pédagogiques expliquent aux visiteurs les dommages de la captivité, des incendies ou des accidents de la route sur les tortues. « Ce nest pas si difficile de sensibiliser : tout le monde aime les tortues. »

Fin 2014, 170 tortues malgaches étaient saisies à laéroport de Roissy Charles-de-Gaulle. Elles partaient pour la Chine « où posséder une tortue, en guise d’animal de compagnie est très à la mode actuellement ». Bernard Devaux a fait l’aller-retour pour aller les chercher. Requinquées, elles ont repris lavion lundi 24 août ; direction Antananarivo, où la Soptom a ouvert un village (un troisième existe au Sénégal). Elles ont ainsi pu regagner la terre quelles nauraient jamais dû quitter.

Régulièrement, un heureux événement se produit à la clinique du site : une centaine de naissances par an, tout de même. Est-ce cette vitalité qui pousse le Village des tortues à vouloir déménager ? En 2017, il devrait s’installer dans la commune voisine de Carnoules, sur un terrain plus grand (2,5 ha). Pas franchement du goût des élus de Gonfaron. N’est pas zen comme une tortue qui veut…