Dons
News

Les tortues de Jérôme Maran lui ont forgé une carapace

Les tortues de Jérôme Maran lui ont forgé une carapace

Pour l’amour des tortues, Jérôme Maran a parcouru les jungles et les marécages du monde entier. Mais ce ne sont ni les vipères, ni les caïmans qui lui ont posé problèmes, mais les tireurs brésiliens, les gâchettes corses ou les rebelles du Liberia qui l’ont gardé prisonnier trois semaines !

Si encore, Jérôme Maran avait suivi les Tortues Ninja dans leurs aventures, avec l’abominable Shredder en embuscade et des mutants féroces dans tous les coins, on aurait pu comprendre qu’il ait vécu des histoires incroyables.

«Parfois, je ne suis pas très malin» avoue-t-il. Il est bien sévère avec lui-même. Car ce garçon n’a jamais cherché qu’à cajoler d’innocentes tortues luth, débusquer des carapaces inconnues, signaler des espèces rares. Alors, oui, bon, d’accord, parfois, c’était en milieu hostile, jungle, désert, ou autres zones de guerre ! Mais les chéloniens, eux, n’ont pas de frontières.

Jérôme Maran est un fou furieux de carapaces, de serpents, de tritons, de reptiles, et cela depuis qu’il est enfant. Depuis qu’il avait créé tout juste adolescent, une pension pour les tortues de Floride abandonnées, dans la mare familiale à Ayguesvives. Cette passion, il va bientôt la faire partager en ouvrant à Bessières (Haute-Garonne) un refuge pour les tortues et ensuite un parc animalier. Alors, entre les coquettes cabanes avec pièce d’eau et solarium de ses protégées, et le lac où cacardent paisiblement des oies à tête barrée de l’Himalaya, voilà Jérôme bien loin des fureurs du monde.

Les fureurs ?

«J’étais au Brésil, et je remontais une rivière…» Devinez à la recherche de quoi ? Et la nuit qui tombe n’arrête pas Jérôme, qui continue de crapahuter dans l’eau avec une lampe frontale. Seulement, voilà. Dans ce coin du Brésil, les propriétaires terriens sont très chatouilleux. Aussi, lorsqu’il s’est approché sans le voir d’une ferme, Jérôme a fait hurler les chiens.

«Et ensuite, le propriétaire est arrivé, et il a commencé à tirer ! J’ai vite éteint la lampe frontale, et je me suis caché pendant plus de cinq heures avec juste la bouche hors de l’eau. Ensuite, j’ai nagé et j’ai croisé quelques caïmans… bien moins agressifs que le proprio !»

En Corse, là aussi il remontait une rivière, à la recherche de la charmante cistude. Quand, à la hauteur d’un pont, il a vu s’arrêter une voiture, un homme en sortir, pistolet à la main, et vider son chargeur dans l’eau, à quelques mètres (centimètres…) de lui. «Et ensuite, il m’a dit, avec le sourire : il ne faut pas avoir peur, je viens de l’acheter, je voulais juste l’essayer !» Bon, il marche…

Heureusement, les expéditions, même compliquées, sont parfois plus souriantes ! Comme lorsque Jérôme, dans une oasis au fin fond du Maroc, recherche une vipère à corne et tombe sur une drôle de bébette : «J’ai trouvé une tortue, qui était assez commune, mais dès que je l’ai sortie hors de l’eau, j’ai vu qu’elle avait les yeux bleus ! C’était une espèce inconnue !»

La plus grosse frayeur de Jérôme, ce fut au Liberia. «Je suivais une piste en Côte d’Ivoire, et on m’a signalé cette tortue un peu plus loin, c’était de l’autre côté de la frontière, au Liberia. Sans papiers, sans passeports, mais avec appareil photo, carnet, GPS…»

Jérôme se souviendra toujours de cette ombre découpée dans la porte de la hutte où il se reposait, et du canon de la kalachnikov sur son front.

Il est pris par un groupe rebelle.

«Alors, le blanc, tu es un espion, tu vas parler !»

«Ce qui était terrible, c’est que presque chaque jour pendant trois semaines, des enfants soldats, ivres de drogue et d’alcool, me sortaient de ma prison, en disant : «On va te tuer…»

Puis, l’histoire prend un tour surréaliste. On l’embarque vers la Côte, il est récupéré par une sorte de colonel dans une résidence proche de Monrovia. «La fille du colonel, qui devait avoir 7 ou 8 ans, me sortait tous les jours, et me montrait à ses camarades en disant : «C’est le prisonnier de mon papa !» Et les gosses venaient avec curiosité toucher mes cheveux, mes poils blonds… Ils n’en avaient jamais vu !»

Jérôme a été échangé contre un beau paquet de dollars…

Heureusement, il y a eu, dans ces aventures, des moments magiques : «Quand on voit les tortues luths, ces mastodontes de 500 voire 800 kilos sortir de l’Océan, c’est un moment d’émotion intense… Cela donne envie de se battre pour les protéger !»

Souhaitons à Jérôme de vivre, comme ses copines, encore deux ou trois siècles à leurs côtés !