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Les tortues de Santa Rosa

Les tortues de Santa Rosa

PARC SANTA ROSA, Costa Rica | Janvier 1987. Nous sommes un couple nouvellement formé. L’assurance de nos 27 ans nous permet presque tout! Équipés de nos sacs à dos, nous partons vers le Costa Rica, une destination touristique encore peu développée. Nous n’avons pas de voiture de location, car nous avons fait le choix d’utiliser les transports en commun, avec le peuple costaricien.

L’un des arrêts obligés de notre voyage sera un séjour dans le Parc national Santa Rosa pour y observer la ponte de la plus grande tortue marine de la planète, la ­tortue luth.

Le parc Santa Rosa fut le premier parc national du pays. Fondé en 1972, il se trouve à la limite nord de la côte du Pacifique, tout près de la frontière avec le Nicaragua. Son intérêt est à la fois son histoire, mais surtout son milieu naturel. En 1987, très peu de touristes visitent le parc parce qu’il est assez difficile ­d’accès. Il n’y a pas d’infrastructure de camping, seulement une aire où il est ­possible de planter sa tente.

Nous devons apporter tout ce dont nous aurons besoin pour les trois jours que nous passerons sur la Playa Naranjo: combustible pour les réchauds, nourriture, eau potable, tente et sacs de couchage.

Nous visitons le parc durant la saison sèche. À partir du poste des gardiens du parc, il nous reste 12 km à franchir à pied sur une piste en mauvais état, ­praticable qu’en 4 x 4 haut sur roues. La chaleur est écrasante et l’eau pour la route rationnée. Après quelques kilomètres de marche, un gros VUS nous rattrape. Il s’agit d’une petite famille américaine en vacances dans les environs. Ils se dirigent vers la même plage que nous, espérant voir la même chose que nous: les tortues qui viennent pondre. Ils nous proposent ­d’embarquer avec eux jusqu’à la plage.

Avec le recul du temps, nous savons que cette proposition fut plus que salutaire, elle fut salvatrice, compte tenu de la chaleur qu’il faisait. On nous offre même une petite bière fraîche à l’arrivée à Playa Naranjo. Nous passerons les trois prochains jours seuls avec eux dans l’espoir de voir des tortues.

À l’affût des tortues luths

La tortue luth est la plus grande et la plus lourde de toutes les tortues, marines et terrestres confondues.71a9e41b-dcaa-4c88-a671-498e70259bbf_ORIGINAL

Cette tortue est énorme: elle pèse 500 kg en moyenne et mesure près de deux mètres de long (record observé de 2,7 m et de 950 kg). Comme les autres tortues marines, les femelles ­retrouvent après plusieurs années en mer la plage où elles sont nées. À maturité, elles reviennent pour y pondre leurs œufs et perpétuer l’espèce. La ponte se produit habituellement la nuit et à marée haute, afin de minimiser la distance à parcourir pour atteindre l’endroit de la plage qui ne sera jamais­­ submergé d’eau salée.

La nuit bien tombée, nous sommes ­discrètement en embuscade sur la plage, sans bouger et en chuchotant. La lune est haute et nous donne un peu de lumière. Nos jumelles balaient la plage de part en part à la recherche d’un quelconque mouvement. Puis, après quelques heures d’attente­­, notre espoir le plus fou se réalise: une grosse masse arrive de la mer et hisse péniblement ses 500 kg avec ses nageoires en montant sur la plage. Pas le moment de s’approcher. On doit la laisser s’installer et commencer à creuser son nid avant de nous exécuter.

Nous sommes en mesure de percevoir toute la force de ces marathoniennes des mers. Nous avons l’impression d’avoir ­affaire à un animal fraîchement sorti de la préhistoire. Elle balaie puissamment de ses longues nageoires le sable de la ­surface de ponte avant de creuser un nid de 60 cm de profondeur avec ses ­nageoires de derrière. Elle y dépose ­ensuite une centaine d’œufs avant de tout enterrer. ­Elle remue le sable sur une ­surface de cinq mètres par cinq mètres pour effacer l’endroit précis du nid. Puis elle retourne haletante vers la mer en poussant de longs soupirs d’épuisement. Le cycle de la vie reprend son cours.

Santa Rosa 25 ans plus tard

Vingt-cinq ans après notre première visite, nous retournerons au Parc national Santa Rosa, mais en famille cette fois.

Nous voulons faire revivre à nos enfants cette démonstration éloquente de la force de la nature. Après toutes ces années, la situation s’est gravement ­dégradée. Malgré notre costaud véhicule 4 x 4, nous avons toutes les misères du monde à nous rendre à Playa Narango. La piste d’accès a été lourdement endommagée. De profondes ornières ont été creusées par le passage de véhicules ­durant les périodes­­ de fortes pluies.

On doit à l’occasion s’écarter de la route et rouler lentement en bordure de la forêt tellement elle est mauvaise.

Plus de deux heures plus tard, nous avons finalement réussi à franchir les 12 km de piste. Un gardien du parc a maintenant sa résidence près de la plage. Il nous dit que la route est volontairement maintenue en ­mauvais état pour limiter le nombre de ­visiteurs à Playa Narango.

Il nous dit également que seulement cinq tortues luths sont venues pondre ­durant toute l’année passée. Elles sont en déclin, surtout à cause de la pollution, des filets de pêche et des aménagements ­touristiques construits le long de la côte.

Durant notre séjour avec les enfants, nous aurons néanmoins droit à l’observation de la ponte de quelques tortues vertes, beaucoup plus petites, mais tout aussi intéressantes.

Il est encore possible au Costa Rica de s’adonner à l’observation de tortues lorsque c’est la saison de la ponte (de novembre­­ à ­février). Pour voir une tortue luth, il faut toutefois que la chance soit de votre côté le jour où vous décidez d’y aller.

Le Parque Nacional Marino Las Baulas de Guanacaste est l’endroit où obtenir de l’information pour être accompagné d’un biologiste.