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Les tortues d’eau douce se plaisent dans la Durance

Les tortues d’eau douce se plaisent dans la Durance

L’espèce fait l’objet d’un inventaire animalier du Conservatoire des espaces naturels de Paca

Dans un ancien bras de la Durance, quelque part entre les villages de La Roque-d’Anthéron (Bouches-du-Rhône) et de Lauris (Vaucluse), vivent en harmonie avec la nature 150 Cistudes d’Europe, une espèce de tortues protégées.

Elles ont trouvé au pied du Luberon un cadre de vie qui leur sied à merveille. Une zone humide d’eaux douces vaseuses alimentée par les coups perdus de l’irrigation et les rejets d’une station d’épuration toute proche, des berges sablonneuses et une végétation aquatique touffue qui leur fournissent à loisir nourriture et abris.

Des reptiles craintifs

Animaux à sang-froid de la famille des reptiles, ces tortues cherchent sans cesse, dès qu’elles quittent leur milieu aquatique, des endroits ensoleillés pour réchauffer les écailles de leur carapace. Pour prendre leurs bains de soleil, elles n’hésitent pas à grimper sur les troncs d’arbres flottants en s’agrippant de leurs fortes griffes positionnées au bout de leurs pattes palmées. De nature très craintive, ce reptile reste cantonné dans un rayon de 200 à 300 mètres autour de son lieu de vie.

Vidéo Cyril Hiély

Cette population est remarquable non pas par son nombre (le foyer principal en zone méditerranéenne se situe en Camargue avec près de 5000 individus) mais par son caractère isolé et dense. Le long de la Durance, on observe bien ici et là quelques spécimens disséminés mais c’est près de La Roque-d’Anthéron le seul endroit où elles sont concentrées en nombre sur un si petit territoire.

Présentes depuis le XVIIIe siècle !

Autochtones, on signale leur présence en ces lieux depuis le XVIIIe siècle où ces pauvres bêtes étaient même consommées par les hommes en guise de complément alimentaire hivernal. Aujourd’hui protégées, ces tortues qui peuvent vivre jusqu’à plus de 30 ans sont d’une rare beauté. La tête, les pattes et le cou sont noirs tachetés de jaune pâle. La carapace est peu bombée et prend des teintes allant du vert olive au noir. La face ventrale est claire.

De tempérament opportuniste à tendance charognarde, cette variété de tortues se nourrit principalement de cadavres de poissons, d’insectes et de mollusques. Cela dit, elle n’est pas exclusivement carnivore puisqu’elle s’octroie de temps en temps un petit repas végétal.

Des femelles plus grosses

La particularité de cette espèce réside dans les différences notables entre les individus mâles et femelles. En effet, celles-ci sont plus grandes (jusqu’à 20 cm) et plus lourdes que leurs congénères masculins (800g contre 400g). Les femelles ont le dessous du corps plat et pondent une dizaine d’oeufs qu’elles dissimulent dans le sable.

Portant le surnom de « la Bourbeuse » pour sa propension à s’embourber dans les zones marécageuses, cette tortue a peuplé de tout temps les rives de la Durance et s’y épanouit.


Une espèce étudiée scientifiquement

Le programme d’étude de la Cistude d’Europe est une mission du conservatoire des espaces naturels de Provence-Alpes-Cote d’Azur (CEN Paca) lancée en 2013 et qui doit s’achever l’année prochaine. Au terme de ces quatre années, la tortue d’eau douce aura été étudiée sous toutes ses coutures.

Les tortues d'eau douce se plaisent dans la Durance - 2

GPS fixé sur sa carapace, cette tortue va livrer tous ses secrets.

Au petit matin, Cédric Roy et Rozenn Rocher, scientifiques au CEN Paca, s’enfoncent dans les roseaux des bras morts de la Durance. Chaque printemps, après l’hibernation des reptiles, ils conduisent des sessions d’études de quelques jours toutes les deux semaines. Les deux écologues prélèvent, dans leur milieu naturel, huit spécimens à carapace, âgés de 3 à 20 ans.

Equipées de GPS

Une fois recueillis, les sujets sont mesurés et fichés : sexe, âge, taille, etc. « On regarde aussi si une tortue porte des oeufs. Pour cela, on palpe ses flancs entre les pattes et la carapace« , précise Cédric Roy. Certaines sont numérotées grâce à de petites encoches creusées sur la carapace.

D’autres sont équipées de GPS dont les données seront analysées deux à trois mois plus tard, une fois l’individu récupéré. C’est un outil performant pour observer heure par heure les lents déplacements de la tortue et un moyen très utile pour repérer ses lieux de ponte. Dès qu’une tortue reste au même endroit pendant plusieurs heures, c’est le signe qu’elle s’est arrêtée pour pondre…

Sylvain Ricci