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Des tortues géantes des Seychelles au zoo des Mamelles

Des tortues géantes des Seychelles au zoo des Mamelles

Observer deux spécimens de la plus grande espèce de tortue existante sur la planète est l’opportunité exceptionnelle actuellement offerte aux visiteurs du parc zoologique des Mamelles.

Retenir leurs noms ne sera pas très difficile : Doudou et Doudou. « Cela peut s’appliquer aussi bien à un garçon qu’à une fille. Nous ne sommes pas sexistes » , déclare, dans un rire, Dominique Jitton, le responsable reptiles pour les zoos de Guadeloupe, Martinique et Guyane.
Si les spécialistes pensent qu’il s’agit d’un mâle et d’une femelle, ils ne sont pas fixés définitivement. « Cela sera vérifié quand on pourra faire un prélèvement sanguin, explique-t-il. Nous n’avons pas voulu les embêter ni les stresser, pour l’instant. L’analyse génétique permettra aussi de rechercher si elles ont un lien de parenté et de déterminer leur état de santé interne. » Les deux tortues sont arrivées dans le parc il y a un peu plus de deux mois, après avoir été détenues illégalement pendant 25 ans. « Jeunes, elles ont vécu sur les hauteurs de Capesterre-Belle-Eau, puis ont été transférées au zoo de Guadeloupe pour des raisons de bien-être et de législation » , poursuit Dominique Jitton.
Les tortues des Seychelles sont la plus grande espèce de tortue existante au monde. « Ce sont des espèces exceptionnelles que nous avons la chance d’avoir ici. Seul compte le bien-être de ces animaux » , souligne le directeur du parc zoologique, Gérald Maître.
Au menu, ce matin-là : salade, aubergines, courgettes et un peu de tomates. « On intègre progressivement du foin de luzerne pour s’approcher le plus possible du milieu naturel » , complète le responsable reptiles. « Ces animaux ont besoin d’un régime alimentaire bien précis. Nous les avons réacclimatées à une nourriture riche et adaptée, de manière à les amener à un potentiel de reproduction. »
« Animaux sensibles »
Qu’elles se reproduisent est, en effet, l’objectif du parc. Les tortues des Seychelles, endémiques de cet archipel de l’océan Indien, sont « une espèce en voie de raréfaction, voire de disparition » (lire ci-contre).
D’ailleurs, pour mener à bien l’opération de reproduction, d’ici la fin de l’année, Doudou au carré partiront dans le zoo de Martinique « où un énorme enclos les attend » . Le parc est situé au Carbet, « en bord de mer, avec un microclimat beaucoup plus sec qu’en Guadeloupe, qui correspond à leur milieu naturel et encore plus favorable à leur bien-être » . « Ce sont vraiment des animaux très sensibles. On pourrait les penser indifférents, vu la carapace, qu’elles ne bougent pas beaucoup ou qu’elles n’ont-pas une expression flagrante dans le regard, mais ces tortues sont extrêmement sensibles à leur environnement et aux gens qui les côtoient » , explique Dominique Jitton, qui souligne la qualité « exceptionnelle » des liens actuellement créés entre elles et leurs soigneurs.
Doudou et Doudou prennent peu à peu leurs marques dans leur enclos du zoo des Mamelles. Ce n’est qu’une étape avant leur transfert vers la Martinique. Rester un temps en Guadeloupe était nécessaire pour éviter tout stress biologique et psychique car elles ont vécu dans un climat similaire pendant 25 ans. (Dominique CHOMEREAU-LAMOTTE) –
Espèce en danger, reproduction capitale
Les tortues géantes des Seychelles sont les plus grandes au monde, surpassant celles, célèbres, des Galapagos. Endémiques, on les trouve en particulier sur l’île d’Aldabra. Ce sont des animaux ovipares avec accouplement préalable. Et, comme les tortues marines, la femelle pond des oeufs qu’elle enterre non pas dans le sable, mais dans un sol relativement meuble et à la limite boueux. Il n’y a pas de couvaison ou de protection des petits.
« Sur Aldabra, il y a 100 000 tortues.
Toute la nourriture de l’atoll est mangée par les tortues. Les petits qui naissent n’ont pas de moyens de subsistance » , explique de son côté Gérald Maître, le directeur du zoo. Les îles des Seychelles et celles des Maldives, où on les trouve en liberté, sont en cours de submersion, en raison du réchauffement climatique. « Leur milieu se raréfie, complète le spécialiste des reptiles, Dominique Jitton. Elles sont en fait en surpopulation artificielle, ce qui entraîne, depuis plusieurs années, voire plusieurs dizaines d’années, l’absence totale de reproduction dans le milieu naturel. »
D’où le véritable défi que souhaitent relever les zoos de Guadeloupe et de Martinique.
« Ce sont des animaux qui sont extrêmement rares dans la nature et encore plus en captivité. Plusieurs zoos dans le monde en détiennent et s’acharnent à la reproduction parce que c’est certainement le salut de l’espèce dans les années à venir. »
À 25 ans, Doudou et Doudou, ont l’âge adéquat, pour se reproduire, une fois toutes les conditions réunies, dont la détermination exacte de leur sexe.
EN CHIFFRES
7,5. Chaque jour, sont mis à disposition pour chaque tortue, jusqu’à 7,5 kg de nourriture (des végétaux). « Selon la météo, le besoin en nourriture est estimé entre 5 et 10% de leur poids. »
150. Chaque tortue pèse environ 150 kg, actuellement. Leur poids pourrait doubler, voire tripler.
IL A DIT, Dominique Jitton, responsable reptiles pour les zoos de Guadeloupe, Martinique et Guyane : « Une chance inouïe »
(Dominique CHOMEREAU-LAMOTTE) –
« Pour le public guadeloupéen, c’est une chance inouïe car vous avez des spécialistes ou des passionnés comme moi qui font des heures et des heures d’avion pour aller en voir, d’habitude. Là, nous avons la chance de les avoir sous notre nez et il faut vraiment en profiter. C’est un grand bonheur pour moi, chaque jour, de les nourrir…
Il y a un lien qui s’établit avec elles parce que ce sont des animaux très évolués. Les tortues des Seychelles, parmi les reptiles, reconnaissent leurs maîtres, leurs soigneurs à l’odeur, à la voix car elles entendent très bien, contrairement aux serpents. Les liens sont en train de s’établir et c’est vraiment passionnant. »

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