« On ne savait pas ce que signifiaient ces tortues, raconte Salomé.L’été dernier, ma mère s’est rendue à l’exposition de l’association Les Anneaux de la mémoire, à Chalonnes. Le thème : Des bords de Loire à l’Île de la Tortue. L’Anjou avait eu un lien avec une île des Antilles ! On avait le point de départ de notre recherche. »

Au fil des mois, la jeune femme a trouvé des centaines de documents historiques, qu’elle a assimilés et assemblés.L’énigme des tortues sur la façade de l’hôtel allait enfin être levée. « J’ai commencé par trouver des actes de propriété de l’hôtel au nom de Tarin de Cussy. J’ai vite compris le lien avec les tortues sculptées sur nos murs », explique Salomé.

(Photo : Ouest-France)

Paule décrit les sculptures sur la façade de son hôtel particulier. Elle pointe du doigt celles du deuxième étage : « Vous voyez, là-haut, ces quatre femmes ? Ma fille a trouvé que ça correspondait aux quatre saisons, qui indiquaient à l’époque le pôle administratif. » Au XVIIIe siècle, les impôts s’échelonnaient sur quatre saisons. « Les Tarin de Cussy étaient une famille d’une grande richesse. À l’époque, Chalonnes était une des plus puissantes baronnies angevines dont le seigneur était l’évêque d’Angers. »

Pierre-Paul Tarin de Cussy était militaire et haut fonctionnaire. « Il fut nommé en septembre 1683 par le roi Louis XIV comme gouverneur de l’Île de la Tortue, aujourd’hui commune haïtienne. C’est son neveu, Sébastien Onésime Tarin de Cussy, qui a fait bâtir la grande maison », explique la propriétaire.

Pierre-Paul Tarin de Cussy fut le troisième Angevin consécutif gouverneur de l’île. Et le premier à être à la fois gouverneur de l’Île de la Tortue et de la côte de Saint-Domingue, actuelle Haïti, fondée par le Rochefortain Bertrand d’Ogeron, premier gouverneur de l’île de la Tortue.

(Photo : Ouest-France)

« Et ce n’est pas tout ! lance Paule avec le sourire. L’hôtel dessiné par un architecte angevin figure sur le cadastre napoléonien de 1828. C’est un patrimoine de la plus haute importance de la région au XVIIIe siècle. Il a aussi été une gendarmerie, de la fin du XIXe au début du XXe siècle. »

Paule a précieusement mis à l’abri une porte de prison d’époque.« L’autre m’a été volée. Je tiens à garder celle-ci. Elle est en très bon état. »

Salomé, elle, continue à chercher des documents sur l’histoire de l’hôtel particulier de sa mère. « Une multitude de textes et illustrations dorment encore dans les archives notariées, paroissiales et privées, et attendent d’être transcrits et analysés. »Avis aux passionnés du patrimoine angevin !