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SUR LES TRACES DES TORTUES VERTES À TETIAROA

SUR LES TRACES DES TORTUES VERTES À TETIAROA

La Dépèche a passé trois jours sur l’atoll de Tetiaroa pour travailler avec les équipes scientifiques qui étudient la ponte des tortues vertes. Matin, midi, soir et nuit, les équipes balayent le terrain à la recherche de pontes, ou d’éclosions de juvéniles. Les données collectées doivent permettre de mieux connaître une espèce en voie de disparition.

Pour étudier les tortues, la première chose à posséder, après le bagage scolaire, c’est la santé. Des heures et des heures à marcher en plein soleil sur l’atoll de Tetiaroa n’est pas de tout repos.
Un coup dans le sable, un autre dans la soupe de corail. Un autre encore les pieds dans l’eau, jusqu’aux épaules parfois… De la recherche qui s’apparente à une quête, avec ses pièges, ses embûches, sa fatigue.
Depuis sept ans, les membres de l’association Te mana o te moana sillonnent l’atoll de Tetiaroa pour relever les montées des tortues sur les motu, les lieux de pontes, les éclosions. Sept années d’un difficile travail. Difficile car ces missions sont souvent coûteuses et que l’association ne possède pas de budget pérenne.
Chaque année, c’est la course à la subvention. Difficile aussi par les conditions d’observation. Le soleil ne pardonne pas à celui qui aurait oublié sa crème.
Chaque année, de novembre à avril, les pontes et les éclosions de juvéniles peuvent s’observer. Le temps pour les scientifiques de l’association de Moorea, épaulés par les membres de Tetiaroa Society sur place, de collecter un maximum de données sur un animal dont on connaît assez peu les habitudes.
Ce n’est en effet que tout récemment que la confirmation a pu être faite que les tortues vertes qui sillonnent nos eaux ne sont en fait que de passage.
Elles passent la plupart de leur temps du côté de Fidji, où elles mangent tranquillement une algue qui ne se trouve pas dans nos eaux.
Matthieu et Guillaume, un seau dans une main, une petite pelle dans l’autre, longent chaque motu, traquent les traces de montées des tortues, les descentes aussi.
“Elles sont timides”, explique Matthieu. “Timides et souvent insatisfaites. Elles peuvent monter sur la plage, tourner, creuser, pour finalement redescendre sans pondre.”
Aussi, il faut suivre les traces, répertorier les nids, ne pas confondre avec celui qui a été creusé quelques jours plus tôt, peut-être par cette même tortue qui peut pondre jusque sept fois par saison.
Sur ces plages vierges, les traces, même une semaine plus tard, sont encore bien visibles.

Creuser, étudier et sauver

La ponte a commencé il y a deux mois et demi. Les premiers bébés tortues commencent à sortir. Ce mardi, au fond d’une “cuvette”, le trou laissé par les juvéniles sortis, huit bébés sont retrouvés.
Coincés sous un bloc de corail. Ils sont tous mesurés et des prélèvements de peau sont effectués. Les œufs éclos sont comptés. Les non éclos aussi. La profondeur du trou, sa largeur, la largeur des traces laissées lors de la ponte…
Tout est répertorié, consigné pour alimenter un plus gros document qui permettra d’en savoir plus sur la tortue verte. Sur les huit bébés retrouvés, sept sont remis à l’eau. Le huitième, visiblement blessé, ira se faire soigner à Moorea.
Une chance aura été donnée aux autres bébés tortues. Pour l’une d’elle, cette seconde chance ne sera pas salutaire. À peine dans l’eau, une carangue de passage s’en fera son déjeuner.
Les prélèvements de peau iront quant à eux au centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement (Criobe) qui dressera l’arbre généalogique de ces tortues, menacées comme beaucoup d’espèces par les changements climatiques et l’intervention  humaine.
Deux jours durant, Matthieu, Guillaume et Moana, de Tetiaroa Society, iront sur ces motu pour faire les relevés. Visiblement, la présence de l’hôtel n’a pas troublé les animaux qui continuent de pondre, y compris aux pieds des villas de luxe, ou encore de la piscine.

De nuit, bredouille ou presque

Une étude de nuit s’est aussi faite. Sur un motu, même sable, même difficulté de progression, les piqûres de nono en plus.
En deux fois, les équipes de Te mana o te moana et Tetiaroa Society parcourront plus de dix kilomètres à pied dans la soupe de corail pour espérer tomber sur une ponte. Une occasion en or pour observer une tortue, la baguer aussi. Pas de chance, ce soir-là, malgré une lune timide, aucune montée ne sera signalée.
En revanche, le long de la plage, un DCP sera découvert. Un dispositif de concentration de poissons dérivant qui fait enrager les scientifiques. Un procédé complètement interdit pour la pêche.
Tout doucement, la saison 2015-2016 s’achève. L’année semble ne pas être mauvaise, à défaut d’être bonne.
Le phénomène El Niño qui touche le Pacifique Sud, Cette année laisse les scientifiques sceptiques sur les chances de reproduction l’année prochaine.
Pour l’heure, les données collectées ne permettent pas encore de fournir le recul nécessaire pour prévoir les bonnes et les mauvaises années.
Mais l’association, avec le soutien du Criobe, de Tetiaroa Society, des ministères, de la direction de l’environnement et de quelques fonds européens, tente chaque année d’en savoir un peu plus.

Bertrand Prévost