L’heure est grave. Une enquête du World Wildlife  Fund (WWF), pu­bliée vendredi, révèle que des milliers de tortues braconnées quittent chaque mois le territoire malgache, pour finir dans l’assiette, dans l’armoire à pharmacie de riches asiatiques, ou encore dans une famille étrangère comme animaux domestiques.
Anitry Ny Aina Ratsifandri­hamanana, nouvelle directrice du WWF à Madagascar illustre les résultats de cette enquête par des chiffres relevés au cours de l’année 2013. « Des recherches ont permis de constater que quatre-vingt-treize à deux mille huit cent tortues sont saisies par mois à l’issue de contrôles de la police de l’Air et des Frontières malgaches. Et encore, l’ampleur du braconnage et du trafic est plus grave », soutient-elle.
Le coordinateur du WWF à Madagascar, Tiana Rama­haleo précise, quant à lui, qu’en moyenne, 5000 tortues tombent chaque mois entre les mains de trafiquants qui opèrent non seulement dans la Grande Île, mais surtout sur la sphère internationale. Il se réfère à une étude menée par le WWF en 2005 qui chiffrait alors à 60000 le nombre de reptiles de cette espèce illicitement exportés.
Hémorragie
Cette année, l’hémorragie semble continuer. Alors qu’un Malgache de trente-huit ans s’est fait  prendre à l’aéroport international d’Ivato,  pas plus tard que mardi avec cent-vingt-sept tortues dissimulées dans une valise, une ressortissante russe s’est, quant à elle, fait prendre une semaine plus tôt avec quarante-neuf autres invertébrés qu’elle allait embarquer à Nairobi avec des serpents et des caméléons.
Ces deux dernières prises de la PAF ont été réalisées sur un vol à destination de Nairobi. « Ces animaux à sang froid sont vendus jusqu’à 2000 dollars l’unité dans des boutiques de l’Asie du sud-est comme en Malaisie. En fait, les trafiquants prennent des avions pour l’Afrique pour tenter de dérouter les contrôles », déclare le commissaire Mohamed Ali Randria­merison, chef PAF.
« Il est fort possible que 5000 tortues voire plus, quittent chaque mois Madagascar en contrebande. Toutefois, le plus important du trafic ne s’effectue pas que par voie aérienne. Ces réseaux qui ne cessent de faire parler d’eux font également sortir ces animaux par les côtes», déplore-t-il.
En saisissant la balle au bond, il indique qu’un dispositif permettant de déceler les trafics est opérationnel à l’aéroport international d’Ivato. « Les mesures préventives sont privilégiées. Il faut que les éléments soient toujours en alerte afin de débusquer les malfaiteurs», conclut le chef PAF.
Les cent-vingt-sept tortues saisies la semaine dernière ont été remises en liberté. Le ministère de l’Environ­nement Forêt a en revanche traduit devant la justice le trentenaire incriminé.